Jean VarinLes grands graveurs

Le monnayage mécanique sous Louis XIII

Jean Varin, de l’homme à la légende 2/7

Pour en comprendre les tenants et les aboutissants, il nous faut remonter jusqu’en 1550 alors qu’Henri II envoya Aubin Olivier, un mécanicien français, à Augsbourg. Celui-ci avait entendu dire qu'un orfèvre du nom de Marx Schwab, utilisait pour ses fabrications de bien étranges machines, à savoir laminoirs, coupoirs et balancier.

Au bout de quelques mois, le bon Oliver revint à Paris avec son nouveau Matériel, qu'il installa dans un atelier qui prit le nom de Monnaie du Moulin. L'atelier poursuivit une activité réduite sous Charles IX, et lorsque le pauvre Aubin essaya d'obtenir une fabrication plus importante, la Cour des Monnaies, puissante institution s’il en était, freina des quatre fers, vigoureusement soutenue par les ouvriers monnayeurs qui craignaient de perdre leur travail et d’être remplacés — déjà à l’époque ! — par des machines ou tant s’en fallait.

Louis XIII. Essai à la Moneta, 1641. (Cabinet des Médailles,BNF | Photo F.Neuwald)

En 1585, un décret du roi Henri III interdisant la fabrication des pièces d'or, d'argent et de billon à l'atelier des étuves brisa définitivement les rêves de mécanisation d’Aubin Olivier.

Vers 1600 l'atelier fut transféré au rez-de-chaussée de la Grande galerie du Louvre, où on ne lui confia plus que la frappe de monnaies communes, le plus souvent provinciales, les autres étant réservées à la frappe au marteau.

En 1608 Nicolas Briot, Tailleur Général des Monnaies de France, essaya à son tour d’imposer la mécanisation en faisant abroger le décret de 1585, mais tout comme Olivier, il sera brisé par les Conseillers de la Cour des Monnaies.

Quelques années plus tard, Jean Varin prend le relais. Convaincu de la supériorité de fabrication mécanique, il fléchit le roi et réussit, pour ainsi dire, l’impossible : il obtient l’abrogation du décret de 1585 et, en 1639, la réouverture de la Monnaie du Moulin de Paris !

L’histoire de dit pas si les ouvriers monnayeurs furent réduits au chômage en masse… mais c’est fort peu probable.

Merci au Cabinet des Médailles de Paris, la Monnaie de Paris et aux collectionneurs privés qui nous ont permis de prendre les photos illustrant cet article ainsi qu’à tous ceux qui en ont permis la réalisation (L. Cléaud, B. Fouvier, J.P. Garnier, M. Amandry, M. Dhénin et ceux qui ont dû rester anonymes).

Cristina Rodriguez

Article précédemment publié dans Numismatique et Change N°366 – Décembre 2005

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