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Interview de Laurent Bonneau

Qui êtes-vous, Laurent Bonneau ?

J’ai 42 ans, je suis gradeur PCGS au bureau de Paris depuis 11 ans. Cet emploi est extraordinaire pour un passionné, car nous expertisons des monnaies du monde entier, du moyen-âge à nos jours, quelle que soit leur valeur. Je suis spécialisé en pièces et médailles d’Europe, essais, monnaies fautées et euros.

Pourquoi un livre sur les Euros ?

Quand j’ai commencé la numismatique, j’ai découvert un très large éventail de monnaies et de médailles, mais en approfondissant le sujet, j’ai remarqué que les données relatives à leur fabrication et à leur histoire étaient parcellaires. Il existe des livres de référencement, souvent anciens, mais fréquemment incomplets, ou exempts d’explication. Aussi quand cette énorme réforme monétaire s’est concrétisée à l’échelle européenne, il m’a semblé indispensable de me lancer dans la collecte d’informations au plus tôt, car les sources deviendraient rapidement inaccessibles ! Ce livre contient donc toutes les données disponibles sur les euros français de 1992 jusqu’à 2022, ce qui représente 690 pages illustrées d’environ 3000 photos.

Comment avez-vous organisé votre travail, et combien de temps vous a-t-il fallu pour compiler autant d’informations ?

J’ai commencé la collection des monnaies en 2001. Je me suis donc naturellement intéressé aux euros dès leur introduction. J’ai chassé ces derniers de façon intensive, en triant avec Laurent Maestracci quelque 200 000 pièces de 2002 à 2003. Cela m’a permis d’être dans les premiers à identifier les variétés. Puis j’ai commencé la collection des pièces fautées et d’essais. J’ai alors fait la connaissance de Jean-Claude Chort et de Stéphane Cardinal, les auteurs du livre Monnaies Fautées. Je me suis intéressé à celles-ci de très près en lisant les livres américains qui sont, il faut le reconnaître, les plus détaillés dans ce domaine. Adolescent, j’ai eu accès au Gadoury 1989, qui était l’une des références pour les essais français, puis au Gadoury Colonial de Jean Lecompte, qui est aussi devenu un ami. J’ai donc naturellement voulu ajouter ma pierre à l’édifice avec mon Gadoury. Ma propre collection d’euros, faite de pièces de circulation, de pièces fautées et d’essais, a constitué la base de mon premier manuscrit de 2012. Puis j’ai élargi l’ouvrage aux monnaies de collection afin de couvrir le sujet dans sa totalité : les valeurs de 1/4 d’euro à 10 000 euros, les ECU et les euros des villes, précurseurs officiels de l’euro.

Avez-vous rencontré des problèmes d’accès aux informations ?

Toutes les données regroupées dans cet ouvrage proviennent de sites internet, de la presse écrite, des journaux officiels et d’entrevues avec des gens de la Monnaie. La principale difficulté a été de dénicher des informations sur la genèse de l’euro, car les archives européennes sur le sujet ne sont pas accessibles au public. Restent les employés en place avant 1998. Mais la plupart d’entre eux ne sont plus en activité, et comme nous parlons de souvenirs vieux de vingt à trente ans… Vous imaginez ! Bref, c’est la seule partie pour laquelle je n’ai pas pu obtenir certaines réponses, aussi frustrant que ce soit.

3000 illustrations, c’est énorme ! Comment avez-vous eu accès aux monnaies qui ne figuraient pas dans votre collection personnelle ?

Il s’agit principalement des pièces de collection en argent et en or, car, s’il m’a été relativement facile de trouver les ECU et euros des villes et les monnaies en métal commun, il s’est révélé très compliqué de rassembler des exemplaires en or, ou les piéforts. Les illustrations manquantes ont donc été aimablement mises à ma disposition par Marc Schwartz, directeur de la Monnaie de Paris.

Comment ont été définies les cotes ? Et pourquoi les monnaies de collection ne sont-elles pas cotées ?

La valeur des euros est souvent assez faible, car ils sont très récents, ont cours légal, et leur tirage est fréquemment important. Pour les variétés, c’est une autre histoire dans la mesure où les dénicher est très ardu. Leur rareté augmente avec le nombre de millésimes et la quantité de monnaies étrangères. Sans parler du fait que les centimes se dégradent très rapidement une fois mis en circulation, ce qui les rend très difficiles à trouver en état de conservation acceptable. Mais c’est surtout l’intérêt des collectionneurs qui influe sur la valeur d’une monnaie. À l’heure actuelle, les variétés sont pour ainsi dire introuvables, mais comme il y a peu de collectionneurs, les cotes sont sous-évaluées. Il existe en revanche une demande importante pour les monnaies commémoratives de 2 euros BE, dont la valeur a fortement augmenté ces dernières années. Les pièces de collection à la faciale, elles, peuvent toutes être échangées à la banque, et les raretés sont quantité négligeable. Les plus rares, et de loin, sont les pièces du G20 de 2011. Pour les autres monnaies de collection, le prix d’émission étant assez élevé par rapport au tirage, il ne souffre pas de variation importante lorsqu’elles passent en « seconde main ». Les monnaies de collection ne sont donc pas cotées, seul est indiqué le prix d’émission. Quant aux monnaies fautées, les exemplaires français sont les plus rares et il est extrêmement difficile d’en trouver sur le marché. Les fautées les plus spectaculaires atteignent des prix très élevés.

Je sais que cette question est difficile, mais quelles sont les thématiques sur lesquelles vous avez préféré travailler ?

La fabrication et les fautées.
Les visites des ateliers monétaires sont inoubliables ! Ce sont des endroits très sécurisés, et à propos desquels peu d’informations récentes étaient disponibles. Les visites guidées m’ont permis d’écrire un chapitre très détaillé, et illustré de nombreuses photos sur tout le processus de fabrication.
Le chapitre sur les monnaies fautées m’a également passionné. J’y décris la totalité des erreurs monétaires existant dans le monde. Beaucoup se demanderont pourquoi, puisque ce qui nous intéresse ici, ce sont les euros, et qu’une partie de ces erreurs ne peuvent toucher ces derniers étant donné la technique de frappe employée.

C’est vrai, ça, pourquoi ?

Parce que tant que les euros existeront, ils évolueront, et de nouvelles fautées inconnues à ce jour peuvent tout à fait apparaître. D’où ce choix, parfaitement assumé, de décrire toutes les erreurs et non seulement celles recensées aujourd’hui. Le chapitre est d’ailleurs illustré par les euros fautés français de ma propre collection, soit environ 240 pièces.

Quelles sont les personnes qui vous ont aidé à concrétiser ce projet ?

J’ai reçu l’aide chaleureuse d’Olivier Coson et de Pascal Rencker, pour les visites des ateliers de Pessac en 2018 et 2019. Celle de Pascal Rencker et de Sebastien Poteloin, pour les visites des ateliers de Paris. Je dois aussi remercier Joaquin Jiménez et Marc Schwartz, pour leur assistance et les illustrations, ainsi que les graveurs qui m’ont communiqué leur biographie. Et enfin, la touche finale a été apportée par Frédéric Neuwald qui, dès 2022, a restructuré et mis en forme le manuscrit pour en faire le Gadoury euro !

Vous pouvez commander MONNAIES EURO FRANÇAISES 2023 de Laurent Bonneau aux éditions V. Gadoury en cliquant ici : https://www.gadoury.com/fr/livres/monnaies-euro-francaises-2023

Et si vous souhaitez en savoir davantage sur MONNAIES EURO FRANÇAISES 2023 rendez-vous sur le site Internet de l'auteur Eurorare.com https://www.eurorare.com/

Quelques pages du livre MONNAIES EURO FRANÇAISES 2023

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